07.01.07
Images - de l'existence passive
Regardé hier les 2h42
du Grand silence avec
béatitude. J’aurais tout aussi bien pu en regardé 7 heures – c’est une
temporalité autre, contemplative et joyeuse que Philip Gröning élabore (j’aurais pu, mais pas dans la salle
surchauffée de L’Elysées Lincoln, qui transformait l’extase en passion). Il y a quelque chose de l’expérience
qu’il fait passer, sans doute. Silence bienvenu dans le vacarme oui, souvent
aliénant des divertissements ; dans nos vies en bagarre avec le bavardage.
M’évoque Être et avoir, comme vecteur potentiel d'un quiproquo. N’aller
pas croire que, parce qu’il s’agit d’un « documentaire », on tient là
une possibilité plus tangible pour nos existences que s’il s’agissait d’une
fiction. Je me dis que ce film-ci est pareillement susceptible de répondre à un
fantasme collectif – échapper à tout ce qui dans nos vies n’est pas pleine
présence, et dont pour l’essentiel nos vies sont faites. Le pur.
L’erreur serait de rêver qu’il s’agit d’autre chose que 2h42, un poème, s’octroyer cette part de vide. Connaître un peu mieux cette humaine tentation − l’existence passive.
26.11.06
La censure invisible (essai de poétique publique)
• référendum ≠ plébiscite
Ne dites pas : « l’échec du
référendum sur » !
Dites
plutôt : « l’échec
du plébiscite pour » ou « la victoire du non au référendum
sur » !
…………………………………………………….……………..
La lecture de La
censure invisible de Pascal Durand[1] me
rappelle celle
d’À quoi bon encore des poètes de Christian Prigent : un livre
petit, bref, beau à tenir entre ses mains, dont le mode pourrait s’appeler
celui de la fulgurance – si on voulait faire dans la joliesse. On nommerait par
là un pavé dans la mare, un claquement de mains qui tienne en un sursaut la
conscience en éveil − vive défense et illustration de la pensée en tant qu’elle
est critique.
C’est-à-dire souci du langage, de la
distinction et du discernement, et aussi bien poésie – Pascal Durand, qui
travaille à l’université de Liège, en Belgique, est ainsi chercheur dans les
domaines des médias, de l’édition, et de la poésie française du XIXe
siècle ; et n’est pas de ceux, me semble, qui se figurent qu’il y a
solution de continuité, différence de nature entre la parole d’un éditorialiste
d’aujourd’hui et celle de, mettons, Stéphane Mallarmé ; ni qu’il y ait des
paroles bénignes sans effet pratique.
Par « censure invisible » (d’après ma lecture,
que je n’espère point trop insuffisante), Pascal Durand redonne du sens (critique) à
ce qu’on a pu faire surgir sous le nom de « pensée unique », avant
que ce syntagme ne soit ravalé − phagocyté et neutralisé par l’hydre des idées
reçues, au sein même du corpus que son nom désignait. C’est dire comment, en
régime de démocratie, et en l’absence de propagande, la pression idéologique
s’exerce non par interdit, suppression, prélèvement des discours indésirables,
mais par excès et gonflement des discours désirés ; par diffusion parfois
dans la semi-conscience et à l’insu même des locuteurs, dès lors que l’examen
critique baisse la garde.
Il s’agit de noyer le poisson sous l’alibi
de la diversité. La structuration en cours des pôles de presse et d’édition,
les derniers prix Goncourt, témoignent assez de ce système de lâchées de
barrage. Al Dante a le droit d’exister
(ah non, c’est mort), mais faut que je finisse mon Litell, d’être un salaud
comme les autres, et on verra après. C’est donc aussi rappeler qu’une
démocratie réelle exige davantage que la liberté − notamment
d’expression ( ou ses plus bas degrés : satisfaire ses désirs) : elle
nécessite 1° évidemment la formation critique des citoyens (c’est pourquoi
l’éducation peut-être l’enjeu central et pertinent d’un combat pour la
démocratie, suivez mon regard), 2° une action politique délibérée, un
« choix de société » régulant – et non censurant – le fonctionnement
des médias, de l’édition, de la diffusion des savoirs de l’Université, pour
assurer les conditions d’autonomie des idées vis-à-vis des normes du
marché.
Pour plus de détails, je renvoie à ce petit livre qui n’interrompra qu’une heure à peine la lecture de votre Litell.
P.S. : oui mais,
nous dirons-nous, et internet dans tout ça ? Est-ce que ça n’est pas ça
l’issue ? Voici la réponse de Pascal Durand :
« Le
développement des médias alternatifs, sur l’Internet ou d’autres supports,
représente une autre piste encore, d’autant que la presse est actuellement un
pouvoir sans contre-pouvoir et que la critique des médias […] n’a accès à la
sphère publique que par le filtre de ces mêmes médias. Encore faut-il bien voir
− en évitant de céder aux fantasmes libertaires encouragés par tous les
fétichismes technologiques, et sans oublier que les réseaux parallèles
charrient le meilleur ou le pire, parfois le pire avec le meilleur − que ces
médias alternatifs ne représentent, dans leur ensemble, qu’une solution de
rechange, susceptible de servir d’alibi aux médias commerciaux, de la même
façon qu’Arte sert en partie d’alibi culturel à France Télévision. Une
réappropriation démocratique de l’information − et elle est, je crois,
impérieuse − n’aurait de sens qu’à reconquérir les grands médias nationaux,
« miroir » du monde au service du plus grand nombre. »
……………………………………………………………………………………..
• propagande ≠ idéologie
pour le sens de cette
deuxième distinction, voyez la page 39, qu’on ne m’accuse pas d’abus de
citation − mettons que les droits de l’auteur fassent partie de ces conditions
d’autonomie, et que je mette pour cette fois en veilleuse mes « fantasmes
libertaires ».
[1] Éditions Actes Sud, 11/2006, 50 pp.,
10 €.
n.b : pour ma part, et pour des raisons contingentes, ce livre m’a
été offert par l’éditeur ; comme d'autres aussi dont vous ne m'entendrez jamais parler. Et bien sûr, je prête mes livres aux amis.
22.11.06
et maintenant, une petite page de publicité ("encore !")
Vous avez aimé Ségolène Royal Voltaire? Vous aimerez
¤ Chloé Delaume ¤ !!!
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12.11.06
ma main gauche voici ma main droite
qu’est-ce que parler veut dire, et
qu’est-ce que la Kultur ?...
un samedi soir à Saint-Denis
mis en scène
par Richard
Brunel
texte
français de Thierry Garel et Vania Vilers
d’après Peter Handke
mail de remerciement
………………………………………………………….
« Nourris de pressantes recommandations venant de
directions diverses voire opposées, nous sommes allés hier soir voir
"Gaspard".
Encore un fort
texte servi, c'est le moment de le dire, sur un plateau. Où j'ai pu
m'apercevoir que c'est moi qui suis à la masse et vieux jeu, puisque la
pyrotechnie semble décidément de rigueur aujourd'hui dans les salles. Mais ce
sont les petits gestes burlesques et vrais sur mots à double fond qui m'ont le
plus remués. Ainsi me suis-je payé l'un de ces fous-rires aux larmes -
certainement dangereux pour les cardiaques - que l'on ne vit que trois ou
quatre fois par an ; au moment, je ne saurais dire pourquoi, où le néo-civilisé
rendu fier de ses progrès, de sa politesse, de son sens de l'ordre, toujours un
mot gentil, se lève et glisse dans la liste de ses qualités (lui qui est un
homme avec) "voici ma main gauche, voici ma main droite" en se les
présentant gaiement à lui-même.
Merci du conseil. »
02.08.06
À
propos du post-exotisme, et d’un je collectif, cette
information complémentaire − de première main.
28.05.06
Un peu de notre histoire...
Oyez Oyez, passants et
camarades, ouvrez grand vos consciences, une page d'histoire du net
(littéraire) est écrite : ici. À
lire nécessairement. Merci Berlol.
21.05.06
Aux nihilistes la protocritique
(Mauvais
esprit)
Une fois n’est pas coutume, sauf par temps
de déluge, je me sers une tranche de journal télévisé. Jamais déçu (bien fait pour toi). Dimanche 21
mai 2006, France 2, 20h. Du langage – pour rire : « le jour des
attentats du 11 septembre ». Je me souviens, c’était un jeudi du mois
de mai, aux alentours du week-end du 15 août, je crois. Ou un dimanche pluvieux, voire, un vendredi 13. Un linguiste m’expliquerait
ça posément, il faudra que je demande. (Et que je lise ce que Genette Gérard juge bon d'écrire du "médialecte").
Puis l’interprète (nous dit bien fort, deux fois, suramplifié) : « ils font partie de ceux qui ont survi, rares sont ceux qui ont survi ». Rares, très rares. Dur métier. Sa femme vient de le quitter, sûrement. Et dans les chaumières « − Chérie, où t’as rangé le Bescherelle ? ».
Heureusement qu’on en trouve en face qui savent écrire « je pleure comme un dimanche ».
….Et.si.jamais….
le.moral…flanche…….il.se.redresse.presque…illi.co…..
06.12.05
Saint Karcher, que d’aucuns confondent avec Iznogoud, est de retour : et en musique s’i’ vous plaît. Ca s’appelle de la subversion, le procédé est subtil comme des coups de marteau ; et c’est fort joyeux. Pour les fêtes.
19.10.05
Inculte
Il y a peu, dans
les
environs,
est montée une houle de refus après qu’un homme, travaillant dans la
fonction publique, a dû fermer son blog sur l’injonction de sa hiérarchie, sous
prétexte, semble-t-il, qu’il y parlait de sa vie professionnelle en même temps
que de sa vie privée, et qu’il avait l’indélicatesse d’être homosexuel. Les
mots employés, dit-on, « pornographique » et « obscène »,
dont c’est la vocation d’être à jamais vomis, appartiennent à la langue de la
passion, ou scatologie, où tous les coups sont permis, et certes non pas
à la langue qui convient à l’expression d’une recommandation responsable
formulée pour la bonne gestion de l’intérêt du public. Ce qu’on appelle stigmatiser,
injurier, aussi bien conchier. La queue de poisson foutreuse des
argumentaires à cours. Qui discriminent sans discernement.
Notre chance est celle-ci, que la revue
littéraire et philosophique Inculte,
en son actuel numéro # 6, consacre un dossier à : l’obscène. Dont,
pour autant que cette affaire me concerne, c’est-à-dire pour autant qu’en moi
se conjoignent le souci du respect dû au langage et celui de la bonne
administration publique, c’est chaleureusement que je recommande la lecture à
tous les enculés de petits hommes suceurs de pouvoir et autres mangeurs de
couilles qui n’auraient pas le temps de relire les tomes I et II des Œuvres
complètes de Georges Bataille, et s’exposeraient à nuire, à l’occasion, à
l’image de leur administration, par un maniement inconsidéré des mots. Et à
quiconque ne prétend pas qu’il n’est pas dans sa nature de chier.
Inculte
# 6, « Dossier : L’obscène », textes de Oliver Rohe, Arno
Bertina, Mathias Enard, Claro, François Bégaudeau.
01.10.04
Aux bords des forêts conversation des choses, un rêve à la merci du vent.
Chez : Melville éditeur (A. V. à Montparnasse vous ouvre quelques mots une fois la main et vous y raccompagne : la main). 12 rue "Notre-Dame-des-Champs" (un jour des touristes les yeux avides de tous côtés me demandaient en vain la cathédrale no : believe me it's not the right place).
Couverture franc rouge en jaune : Aux bords des forêts blancs les noms : Béatrice Leca est née en 1970 à Paris. 2004.
Aux bords des forêts ces mots nous y voici c'est le simple et, une méditation fondamentale : du temps. Des mots pas un : de trop. Avec de la clarté nomme le. Silence le tabac les mains de. Forêt l'étang fenêtre joués les noms fondamentale! mais : le simple clairière mais : un murmure les noms le rythme les jouent.
Ecrits.
Et à la fin la question.
Ils appelaient encore. Un insecte, écrasé par sa carapace, comme ivre : deux billes de vernis noir qui se traînent, antennes, minuscules cornes inquiètes tâtonnant dans le vide. S'arrête, hésite une seconde puis reprend son chemin, on pourrait l'imaginer ahaner parmi les feuilles les brindilles les herbes sèches - la vie lente la vie aveugle, obstinée, butant vingt fois contre un caillou puis renonçant mystérieusement. A quelles voix, quelles ondes obéissent-ils?
Contemplative -
élégiaque - conversation des choses : phénoménologique Toc Toc Toc ouvrir! l'espace? chair du monde? Chhhhhhh qui sait, peut-être qui
sait?
On s'enfonce dans la forêt, bientôt on n'entend plus le bois craquer on flotte sur les feuilles, bientôt on dirait que quelque chose s'écarte puis se referme derrière nous, nul bruit nulle trace, on entre enfin dans la grâce tranquille d'un monde atténué dissimulé par la pluie, l'humidité, les brouillards comme des fumées froides alentours. Dans quelles zones plus subtiles a-t-on glissé?
Quelques secondes où tout s'est arrêté, quelques secondes inertes avant que le jeu nous reprenne, avant que la respiration, les mouvements du coeur nous imposent de revenir à nos souvenirs, nos pensées nos désirs, un instant où nous restons entre deux courants contraires, indifférents.
Qu'est-ce qui semble veiller, qu'est-ce qu'on attend alors?
Ô temps-là fantastique fantastique il y a des fantômes est? du rêve c'est : du vent. A bout portant sur l'horizon les images. Des morts?
Délire ne lisez pas les derniers mots, de soleil éternel ce rien de trace d'une émulsion? Oubli! Oubli oubli jusqu'au scandale.
Efface reprise.
L'hiver on est pris dans la nuit des arbres, là-haut avant le ciel les branches se tordent, semblent s'écarter se tendre se chercher, on les perd dans un réseau confus de lignes brisées, comme si au-dessus de nous quelque chose venait d'exploser et devait rester pour toujours suspendu, immobile - au-delà un bleu phosphorescent, pour un moment encore plein du jour. La terre est déjà dans l'ombre les chemins ont disparu, ça monte doucement vers la dernière lumière et puis il n'y a plus que le noir presque parfait de la forêt.
Marcher lire aux bords des forêts.


