31.10.07
November
(en attendant que l'automne peut-être fasse tomber ces pages-ci comme feuilles, jusqu'au retour des sèves ?...)
No shadow
No stars
No moon
No cars
November
It only believes
In a pile of dead leaves
And a moon
That's the color of bone
No prayers for November
To linger longer
Stick your spoon in the wall
We'll slaughter them all
November has tied me
To an old dead tree
Get word to April
To rescue me
November's cold chain
Made of wet boots and rain
And shiny black ravens
On chimney smoke lanes
November seems odd
You're my firing squad
November
With my hair slicked back
With carrion shellac
With the blood from a pheasant
And the bone from a hare
Tied to the branches
Of a roebuck stag
Left to wave in the timber
Like a buck shot flag
Go away you rainsnout
Go away, blow your brains out
November
TOM WAITS
05.10.07
Enigme technique (et paranoïa)
En visitant ce matin la page d'Orange pour voir ses mails, ma coloc est tombée directement sur la boîte de quelqu'un d'autre - qui avait 70 mails non lus, pas tous récents. Nous avons pu jeter un oeil à ses coordonnées, il habite derrière, à moins de cinquante mètres j'imagine, je ne sais pas trop. Et j'ai cavalé, mes trop rares connaissances techniques ne me permettant pas de comprendre ce qui s'est passé. Il n'a pas le même fournisseur d'accès que nous. Nous avons un modem wi-fi, mais avec une clé bidule et un filtrage des adresses MAC, en principe. Et même s'il avait utilisé notre connexion, ou le contraire,
1) pourquoi ne lit-il pas ses mails?
2) je ne comprends toujours pas comment notre navigateur se souviendrait de lui ??
Donc, si par chance quelqu'un de compétent passait par là et avait quelques pistes...
Ca me rappelle la fois où chez ma logeuse polonaise, à Londres, le téléphone avait sonné, c'était son voisin, et ils avaient passé cinq minutes à essayer de se convaincre mutuellement que c'était l'autre qui appelait et avait certainement quelque chose à lui dire...
29.09.07
"Bio"carburants, réquisitoire...
Levé matin, je me shoote à la catastrophe en écoutant un monsieur Fabrice Nicolino, auteur de La faim, la bagnole, le blé et nous
: une dénonciation des biocarburants (à paraître aux éditions Fayard
le 04 ocotbre 2007), dans l'émission "Terre à terre" sur France Culture. Ca réveille, c'est terrible. On entend que les biocarburants, la dernière fausse bonne idée, pourraient bien aggraver, entre autres, le dérèglement climatique (déforestation, transport des pays producteurs aux consommateurs...). Aussi : les problèmes de faim dans le monde, de quasi-esclavagisme, la puissance extra-démocratique de l'agro-industrie... On entend aussi -- et je me demande si en effet -- qu'on en est presque à deviser de la fin précoce de l'espèce, dans les salons, comme une chose entendue, nonchalamment. Si vous aimez les émotions fortes, écoutez, ça décoiffe... Pour peu qu'on doute, ne serait-ce qu'une seconde, qu'il n'y ait là que fiction...
(y a des moments comme ça, on bloguette...)
04.09.07
irrévolu - maintenant
« Or, une chose diffère d’elle-même selon qu’elle agit dans l’ombre, sur le cours de nos pensées, la direction de nos actes, la couleur de nos humeurs, ou que l’atteint cette clarté qui n’est que de nous, la conscience. Dans le premier cas, on restera l’otage de jadis, dominé par des faits anciens mais irrévolus, dépossédé de soi-même, du seul temps réel, qui est le présent, parce qu’il ouvre sur le futur. Dans le deuxième, on pourra s’efforcer de mettre à distance ce qui fut avant, prendre congé des morts, tenter d’être soi, maintenant. »
Pierre Bergounioux, « Ac cadaver » in Olivier Roller, Face[s] (Argol, 2007, pp. 41-42)
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formule d’un pourquoi écrire fondamental, par exemple en blog, qui pourrait servir d’exergue à plus d’un, par exemple à ces Petits cailloux et ricochets dont les auteurs disent par moments quel défi c’est, jouer de la loi de pesanteur du temps.
23.08.07
Autodafé
Ca existe encore, en France. Lignes de fuite en informe ceux qui, comme moi, ne l'auraient pas lu ni vu dans les journaux (et pour cause...).
+ on peut voir aussi ce qu'en dit Le bloc-notes du désordre
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23.08.07 - "Que s'est-il passé à Lagrasse ?" : compte-rendu détaillé sur le site des Editions Verdier.
12.08.07
Les grands esprits se rencontrent - document
...................................................vu d'un autre bout de la lorgnette...
« On va lui donner un hamburger ou un hot dog, comme il
voudra », a déclaré M. Bush en attendant l’arrivée de M. Sarkozy.
[…]
M. Bush a continué à détailler le menu, à l’occasion interrompu par sa
femme : « Il a des haricots au lard, a précisé M. Bush, s’il
aime ça les haricots au lard il peut en avoir aussi. (Du maïs du Maine,
a lancé Mme Bush). Il y a des épis de maïs grillés, bien frais à cette
période de l’année, a-t-il poursuivi. (Salade, tomates fraîches, a
ajouté la première dame). Si ça lui dit, il peut se prendre une part de
tarte à la myrtille, des myrtilles fraîches d’ici, du Maine. »
« Pensez-vous qu’il apporte du fromage ? » a-t-on
demandé à M. Bush.
« Je pense qu’il apporte de la bonne volonté », a
répondu le président.
[…]
Le déjeuner, auquel assistait des membres de la famille Bush, notamment
les filles du président, Jenna et Barbara, son frère Jeb et sa sœur Doro,
relevait bien plus des relations mondaines que des relations internationales.
« C’était plus important socialement et psychologiquement que
stratégiquement », analyse Ivo Daalder, expert des relations
franco-américaines à la Brookings Insitution [un groupe de réflexion politique
non partisan, N.d.T.].
[…]
M. Bush a bien précisé que ses vacances commenceraient véritablement lundi dans son ranch de Crawford, Texas. « Je suis texan, j'aime chez moi là-bas », a-t-il déclaré, ajoutant cependant après réflexion qu'il serait heureux d'aller retrouver M. Sarkozy en France, « surtout s'il me trouve un endroit où je peux me servir de mon V.T.T.».
Sur le plan intérieur, l’amitié Bush-Sarkozy ne devrait servir aucun des
deux hommes. M. Sarkozy s’est vu reproché chez lui d’être trop pro-américain,
et cela ne fait pas si longtemps que les députés républicains ont rayé le French des
fries pour le remplacer par freedom.
D’après M. Daalder, les Américains ne se soucient guère de savoir si leur
président fait la cour aux Français. « Le problème n’est pas de savoir si
les Américains le souhaitent. Le problème, c’est que Bush ne peut pas s’offrir le
luxe de choisir ses amis. Ces derniers temps, ils se font rares. »
M. Bush a quant à lui pris soin de ne pas paraître trop francophile.
« Non, je ne peux pas », a-t-il répondu à un journaliste
qui lui demandait s’il pouvait dire quelque chose en français. « Déjà
que je parle à peine anglais ».
Sheryl Gay Stolberg, New York Times, 12.08.2007
(traduction maison de chez nous, à Paris )
01.08.07
Bon sens – PageRank – éducation - oeuvre
« Le seuil d’incompétence du quidam est évidemment atteint, c’est d’ailleurs pourquoi la société est en demande de bon sens. » (p. 19)
« Sans doute, l’un des enjeux pour tout enseignement et toute pédagogie aujourd’hui est d’apprendre à se servir du Net, d’apprendre à « critiquer », à problématiser et à construire au moins autant qu’à chercher, trouver et couper-coller. » (pp. 30-31)
« C’est l’importance dans l’opinion qui mesure l’importance dans l’opinion. Pour le dire en grec, on élève la doxa au carré, et, pour le dire en marxiste, on ne prête qu’aux riches (le capital crée le capital). L’originalité, l’atypie, le génie, le caractère singulier et intempestif de la vérité n’entrent pas dans le système tant qu’ils ne sont pas banalisés : il n’y a pas d’autre de la doxa. C’est l’ « opinion » qui sert de point de départ et de point d’arrivée, d’unité de mesure et de critère. Elle définit le statut ontologique des objets qui sont sur la toile et du classement qu’en fait Google.
La charge est philosophiquement lourde. On est avec PageRank dans le domaine de la rhétorique, des lieux communs (les uncontroversial topics de Wikipédia), pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur : les idées admises, par le plus grand nombre et par les plus renommés constituent notre monde commun − on trouve la même pondération de la démocratie par l’aristocratie chez Aristote et dans PageRank. Pour le pire : quand le monde commun ne produit plus que des « clichés » et qu’on est insensiblement englués dans ce que Hannah Arendt nomme « la banalité du mal » − non pas tant que le mal soit banal, mais parce qu’il devient impossible de dire et de vivre autre chose que des banalités. » (pp. 104-105)
« je soutiendrais volontiers que le marché, comme la foi, est l’exact contraire de l’éducation. » (pp. 106-107)
« On peut soutenir que le modèle de l’œuvre et de l’auteur se trouve remis en chantier avec la cyberculture et qu’il est une fois pour toutes désuet, comme en art. Même si je ne partage pas cette opinion − croyant à l’intempestif plutôt qu’au caduc −, il est manifeste que, pour que « cyberculture » ait un sens, il ne suffit pas de penser autrement l’auteur, comme « collectif » ou comme anonyme, ni le spectateur comme participant interactif et quasi-auteur ; il faut aussi, et par là même, penser autrement l’œuvre. Or je ne vois pas que la penser comme information suffise : il faut bien plutôt la penser comme performance. Energeia plutôt que ergon, mise en œuvre plutôt qu’œuvre achevée, on retrouve ainsi (et c’est une preuve contre la caducité) ce que Humboldt dit de cette œuvre collective par excellence qu’est une langue. » (p. 122)
Barbara Cassin, Google-moi. La deuxième mission de l’Amérique (Albin Michel, 2007).
Ficher lecture
Dans mes songeries sur la forme d’un site futur où je pourrait prendre la parole (être pris par elle en vérité, les pieds dedans et tête-bêche), il m’arrive régulièrement d’achopper à ce rêve paresseux, paradoxal, comme nul et non avenu : si PdJ n’avait pas été un artiste mais un entrepreneur, le désordre eût été une plate-forme où chacun aurait pu ranger le sien. Investie comme Google d’une Mission : « ranger tout le(s) désordre(s) du monde ». Mais je déraisonne – je blasphème.
C’est la lecture d’un billet de Finis Africae sur ses
lectures, lui dont les pages respirent toujours je ne sais quel admirable raffinement
d’âme (délicatesse), qui me donnent l’envie, me stimulent et m’émulent à enfin « mettre
en fiche », ou « ficher », le livre de Barbara Cassin. Je ne sais
pas au juste ce que Pierre Bergounioux fait lorsqu’il dit dans son Carnet
qu’il « fiche » un livre – mais il procède certainement plus comme un
Leiris que comme un Bataille. Je pense qu’il travaille. Moi d’ordinaire je me
contente de souligner abondamment, en cours de lecture, de manière à pouvoir
retrouver, relire en diagonale, sauf quand je copie et marque quelque chose ici
pour mémoire. Le mieux c’est peut-être d’ajouter des citations au Robert, comme
je l’ai fait avec Les Adolescents troglodytes, mais quand je changerai
de version ?
Cette petite fiche pas commentée, donc, pour toute évocation de Google-moi. La deuxième mission de l’Amérique, dont je conseillerais volontiers la lecture à tous les utilisateurs de Google désireux de penser leur outil (surtout aux incultes en mon genre, qui ne manqueront pas l’encadré A : « Ce que j’ai toujours voulu savoir sans oser le demander : l’Internet, le Web, un peu d’histoire immédiate », p. 31 & sq.). Ceux qui ne connaissent pas la valeur de Barbara Cassin peuvent, certes, taper son nom sur Gogole (ou pour changer sur Exalead) – ou simplement juger sur pièce…
Délicatesse
"La littérature française s’est construite sur la délicatesse : délicatesse des sentiments, des relations, délicatesse des situations et délicatesse des délicatesses de la langue. Qui oserait défendre la délicatesse aujourd’hui passerait pour le premier des réactionnaires ou le dernier des ringards. Et pourtant : dans le tissu des relations comme dans le tissu de la langue, qui pourrait nier son importance ? Demandons-nous plutôt ce que la société du spectacle aura saccagé."
Martin Rueff, Comme si quelque (Chambéry, Comp'Act, 2006)
vieux brouillon ressorti, un doute, je ne sais plus où j'ai copié ça cet hiver, puisque je n'ai pas lu le livre...
26.07.07
Merci Ariane
On a décidément besoin de grands hommes comme vous.
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Le Monde, 26.07.2007
