07.11.07
Epilogue
Il y a beau temps déjà que j’ai le sentiment de me traîner gauchement dans ces pages comme dans des vêtements trop étroits − passés de mode, au surplus. À l’origine, la chair & le caillou était une petite machine, un petit système à cinq catégories qui servait d’espace d’écriture annexe − d’échappatoire, peut-être − à l’époque bénie où je faisais profession d’étudier, et me perdais dans des pensées apparemment prévues à cet effet. Un espace d’écriture environ spéculatif, régi par une instance d’énonciation (je, dit janu) expérimentale, mi(/auto)-fictive, sous pseudonyme. Une voix contrefaite pour paraître majeure, une face de singe qui s’efforcerait de se composer le visage d’un homme. Qui jouerait les sérieux ? Je continue d’apprendre.
On ouvre un carnet comme un petit miroir de poche pour se
faire des mines, se regarder devenir un autre. Comme si l’autre manquait pour vous
passer au filtre. Ou qu’il vous faisait peur − on est mieux en costume.
On croit faire l’Expérience du Langage − l’Autre (on croit
en quelque leurre).
Mais donc, il y a un moment déjà que c’est une autre époque.
Comme il est bon d’avoir un endroit où mettre les choses un
peu à distance, devant soi ; où noter tout ce qui pourrait accréditer la
thèse que l’affaire à laquelle on est mêlé, comme dirait l’autre, a raison
d’être, et justifie pleinement qu’on y adhère, où le chercher ; où serrer
ce que d’autres ont su heureusement formuler, et dont on veut garder
mémoire ; pour se soutenir, s’entraîner ; comme c’est une chance de
pouvoir en plus y donner des nouvelles, tenir sa correspondance, et bénéficier
en même temps du regard d’autrui − je me suis refait une machine, plus simple,
qui ait la forme des jours, de maintenant.
Donc, si on me cherche, je suis par là.
Salut.
01.08.07
Ficher lecture
Dans mes songeries sur la forme d’un site futur où je pourrait prendre la parole (être pris par elle en vérité, les pieds dedans et tête-bêche), il m’arrive régulièrement d’achopper à ce rêve paresseux, paradoxal, comme nul et non avenu : si PdJ n’avait pas été un artiste mais un entrepreneur, le désordre eût été une plate-forme où chacun aurait pu ranger le sien. Investie comme Google d’une Mission : « ranger tout le(s) désordre(s) du monde ». Mais je déraisonne – je blasphème.
C’est la lecture d’un billet de Finis Africae sur ses
lectures, lui dont les pages respirent toujours je ne sais quel admirable raffinement
d’âme (délicatesse), qui me donnent l’envie, me stimulent et m’émulent à enfin « mettre
en fiche », ou « ficher », le livre de Barbara Cassin. Je ne sais
pas au juste ce que Pierre Bergounioux fait lorsqu’il dit dans son Carnet
qu’il « fiche » un livre – mais il procède certainement plus comme un
Leiris que comme un Bataille. Je pense qu’il travaille. Moi d’ordinaire je me
contente de souligner abondamment, en cours de lecture, de manière à pouvoir
retrouver, relire en diagonale, sauf quand je copie et marque quelque chose ici
pour mémoire. Le mieux c’est peut-être d’ajouter des citations au Robert, comme
je l’ai fait avec Les Adolescents troglodytes, mais quand je changerai
de version ?
Cette petite fiche pas commentée, donc, pour toute évocation de Google-moi. La deuxième mission de l’Amérique, dont je conseillerais volontiers la lecture à tous les utilisateurs de Google désireux de penser leur outil (surtout aux incultes en mon genre, qui ne manqueront pas l’encadré A : « Ce que j’ai toujours voulu savoir sans oser le demander : l’Internet, le Web, un peu d’histoire immédiate », p. 31 & sq.). Ceux qui ne connaissent pas la valeur de Barbara Cassin peuvent, certes, taper son nom sur Gogole (ou pour changer sur Exalead) – ou simplement juger sur pièce…
14.02.07
Rapport de mer
carnet de bord, récit de navigation – 13 février 2007
…………………………………………………………………………………………
Grâce à un article du Monde, je
découvre,
certes, que "l'écart
se creuse entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy", mais que
la résistance s’organise et qu’on a de la ressource
à gauche, puisqu’en sus du pacte nombreux et varié de la candidate du P.S., on
lance une Autre campagne.
Je pense à la légende de L’Autre journal de
Michel Butel,
nulle part racontée sur le net (j’ai beau chercher… Si
Francis Marmande pouvait
demander à un de ses étudiants bien informé de nous mettre ça sur Wikipedia,
ou autre…) ; je survole et
lis seulement la préface de Lucie et Raymond Aubrac, qui font allusion à ce
qu’avait de tout autre l’esprit de la Résistance,
et le
programme du C.N.R (vote des femmes, sécu, 40 heures, SMIG, d’après
Wikipedia qui se trompe peut-être). Je range ça dans mes
liens, y revenir.
Et, grâce à ceux de l’Autre campagne,
je découvre ravi que je peux à la fois
1° savoir, grâce à Aligastore, ce qu’ont en rayon les deux
librairies que j’aime fréquenter près de chez moi, et y faire mettre un livre
de côté ; et
2° si ça m’arrange et parce que ça m’amuse, quoiqu’au mépris de l’éco-logique, commander mes livres à Brest, par exemple, sans frais pour 20€ d’achats (sinon 2€ 80 + 1€ par livre supplémentaire), ou à Bordeaux (semblablement sans frais passé 20€, 2€ + 1 par livre supplémentaire sinon). Sur le site de la librairie Dialogues de Brest, on peut même, aussi bien et pourquoi pas mieux que sur les gros sites marchands, proposer sa lecture d’un texte, qui figurera ainsi dans la vitrine « Choix des internautes » à gauche de l’écran « Lectures » (par exemple La censure invisible de Pascal Durand). Possibilité parente (éloignée) pour le simple blogueur, intéressement, autorité mis à part, de celle que François Bon revendiquait pour l’auteur en créant la fort débattue librairie tiers livre. Je m’en trouve bien aise, en attendant mieux.
06.01.07
une lettre, par exemple
ouverte à tous autres
03.12.06
conduite de nuit (écrire ses jours)
(sur un site non-blogoforme, plutôt de l'ordre du
journal d'avant les mettre devant soi, écrire ses jours une page belle comme
j'aimerais plus souvent en voir, en tracer comme !
à même le monde).
03.11.06
S'inscrire (l'Internet littéraire).
rien de plus élaboré,
incité
je cite, je copie (avec cette urgence du
copiste tracer en vérité !,
au stade du singe et en arrêt, figé malgré lui le
froid l’onglée au stade de l’épigone,
ne serait-ce que copier comme on respire, alimenter la mécanique).
je reconnais ; j’inscris :
je m’inscris.
…………………………………………………………………….
François Bon, toujours :
[…]
16.10.06
Lien, collectif persona
(comme c’est étrange :
par François Bon
tomber sur quoi est conforme à vers où marchaient ces pages au
commencement
, on a, on dirait, été à même école,
incité.
mais seul
un collectif…)
1983, avril 2006, collectif persona (sans moi)
22.03.06
Ces gens du monde qui bloguent comme on allait jadis
au bal masqué :
« − Vous ne devinerez jamais…
− Non ? Lui ? Si j’avais pensé… »
Rires dans le brouhaha et le tintement des verres.
29.01.06
Manifeste
« La forme recherchée est une forme brève, ou, si l’on préfère, une forme douce : ni la solennité de la maxime, ni l’âpreté de l’épigramme ; quelque chose qui, du moins tendanciellement, voudrait rappeler le haïku japonais, l’épiphanie joycienne, le fragment de journal intime : une forme délibérément mineure – en rappelant, avec Borges, que le mineur n’est pas au rabais mais un genre comme un autre. Sans doute suis-je moi-même décontenancé, quand ma chronique paraît, de voir ma petite prose, ma petite syntaxe (soignée), bref, ma petite forme, écrasée et comme annulée par le survoltage des écritures qui nous entourent. Mais, après tout, il y a un combat pour la douceur : à partir du moment où la douceur est décidée, ne devient-elle pas une force ? J’écris ténu par morale.
[…]
Dessin Katuragawa Jun
Je sais que mon langage est petit (« Les limites de mon langage, disait Wittgenstein, signifient les limites de mon propre monde ») mais cette petitesse est peut-être utile ; car c’est à partir d’elle que je sens, à mon tour, parfois, les limites de l’autre monde, du monde des autres, du « grand » monde, et c’est pour dire cette gêne, peut-être cette souffrance, que j’écris : ne devons-nous pas aujourd’hui faire entendre le plus grand nombre de « petits mondes » ? Attaquer le « grand monde » (grégaire) par la division inlassable des particularités ? »
Roland Barthes, « Chronique » pour le Nouvel Observateur, Œuvres Complètes V (Seuil, 1979-2002, pp. 652-653).
Dessin Eugène Giraud (Bibliothèque nationale de France)
« Dussions-nous y périr (et nous y périrons, n'importe), il faut
par tous les moyens possibles faire barre au flot de merde qui nous
envahit ».
Gustave Flaubert, Correspondance, 1854.
03.12.05
Entendu à la radio Samuel Beckett aurait dit à Raymond Federman Raymond si tu écris pour gagner de l’argent fais autre chose.
Qui vient parler au refus que je continue d’avoir de la propriété intellectuelle – du nom propre d’auteur comme capital à accroître.
Si tu écris pour gagner de l’argent, fais autre chose.
Si tu écris pour la gloire, fais un petit effort.
Si tu écris pour être reconnu des tiens, sois mort, écris.
Si tu écris pour avoir les moyens d’écrire j’ai la tête qui tourne, si tu écris pour tomber les filles prends-les. Si tu écris pour le goût des autres, tu blogues. Ecris si tu le dois, écris
Raymond.


