08.03.07

Le sexe des livres

 

« L’homme est ce qui lui manque. »

Georges Bataille

 
Ce matin, la radio me secoue doucement de rêves caressants pour me dire que c’est aujourd’hui la journée des femmes. Dans ma béatitude encore semi-baveuse, je trouve la nouvelle délicieuse, je me sens Julien Clerc. Fort bien, fêtons-le, me dis-je. Laissez venir à moi les femmes du monde entier[1]… Hourra pour les femmes.

 
Un quart d’heure plus tard, debout et quasi lucide, j’ai l’idée de dénombrer la part des femmes et des hommes dans la deuxcentaine de livres que j’ai gardés par devers moi après déménagement, pour voir. Ces derniers mois, la sortie en poche de La Grande Beune offert à telle ou tel, le travail d’un ami sur les problématiques de genres et d’avoir à débattre régulièrement de textes, rapidement, au plan du goût, et à constater combien souvent les camps étaient sexués, tout cela me donne le désir d’approfondir la question du sexe des livres, des lectures. Et si j’ai un regret quant à mes études passées, c’est que cet ordre de réflexion en ait été absent. En terme de psychologie de bazar, c’est d’ailleurs un splendide patriarcat qui fonde encore les études de lettres : où ce sont majoritairement des jeunes filles qui s’éclairent du legs des grands hommes de lettres (dit comme ça en gros, ça fait froid dans le dos).

 
Je n’ai finalement pas fait le compte exact. Parce que c’était vite fait.

 
Sur la soixante-quinzaine d’auteurs que doivent représenter ces deux cents livres, 9 femmes, 10 volumes et demi :

 
- Anonyme, cette éditrice berlinoise qui tient le journal de la chute de Berlin en 1945, et des viols perpétrés par les soldats de l'Armée rouge, que je citais hier ;

- Elfriede Jelinek, prix nobel de littérature, Die Liebhaberinnen (Les Amantes), et le dernier numéro de la revue Europe. Pas rien en terme de féminisme littéraire. À travailler (sur la liste, L’entretien qu’elle a eu avec Christine Lecerf) ;

-  Julia Kristeva, Soleil noir ;

- Louise Labé (1525-1566), Œuvres poétiques : « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie… » ;

- Béatrice Leca, Aux bords des forêts (c'est l'exemplaire que j'ai fait circuler qui m'est revenu) ;

 - Hélène Ling, Lieux-dits : rencontrée par hasard dans une librairie, exquise, mais toujours pas lu son livre ;

- Madame Bovary, Flaubert ;

 - Céline Minard, R., en attendant que Le dernier monde sorte en poche et ait le Prix France Culture Télérama ; pas n’importe qui, on se le dit ;

 - Françoise Morvan, ses petites mythologies bretonnes, qu’on vient de m’offrir ;

- enfin Chantal Thomas, Sade, la dissertation et l'orgie ;


Prêté les Ecrits de Laure à E., l'autre jour.

 

Conclusion :

1° les œuvres de Marguerite, que j’ai disséminées en poche, sont au vert. Le quarto est sur la liste, ça simplifiera quand même les choses. S’ils pouvaient nous les faire complètes et en Pléiade…

2° c’est donc ça, ce manque cruel que je cherche à combler en lisant des blogs !

 

Sur la liste : Laure Murat, La loi du genre ; Andrée Michel, Que sais-je ? Le Féminisme.

 
Bonne journée à toutEs.

 


[1] Je dis Julien Clerc, je devrais plutôt dire Daniel Balavoine (qu’ô stupeur, écoutait un cortège d’Airbus mardi), puisque « et partout dans la rue, j'veux qu’on parle de moi, que les filles soient nues, qu’elles se jettent sur moi » en boucle dans l’autoradio de mon enfance n’a pas pu ne pas laisser de traces. Provision pour Ricochet 1986 : morts des dieux de l’enfance, Coluche et l’amant de ma mère : Balavoine.

 

Posté par janu à 09:44 - - Permalien [#]