16.01.07
(des écrivains libraires)
des livres et des
hommes. bloguer à la veillée
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Je suis avec un intérêt
certain ce qui se dit du partenariat ouvert par François Bon avec Amazon (sur le tout nouveau forum
de tierslivre, un peu ; sur La
Littérature ; Lignes de fuite ;
et Berlol, qui met les bouchées doubles, aujourd’hui,
dans son
approbation) + Céline Brun-Picard & Grégory Haleux des éditions Cynthia 3000 - ajout du 21/01/07 11h45 heure de Paris.
Pas enthousiaste,
moi, sensibilisé comme ça dit que je suis de m’être attardé ces derniers
temps dans deux librairies du quartier, une fois pour sentir exsuder derrière
la patience, le tact, l’empressement contenu de la libraire face au nouveau
client, un souci frénétique de fidéliser (elle aurait hurlé « Reviens »
contre les boiseries somptueuses de son magasin, garnies avec goût – en
présentoir Inventaire/Invention,
Fata Morgana, et je découvre L’Insulaire − que ça m’aurait fait le même
genre d’effet) ; une autre fois pour me prendre carrément dans la poire la
rancœur d’une autre contre les éditeurs qui ne font plus leur travail,
les clients envoyés par la Fnac, qui marchandent le prix des livres de fonds
parce qu’ils ont l’air vieux, et, pour finir, le sens perdu pour tous de ce que
lire veut dire − les chefs d’œuvres ignorés. Mélancolie d’un soir d’hiver, en
fin de carrière. « On va essayer de tenir encore deux-trois ans… » Bonne-soirée-enrvoir.
Les discours me
passionnent mollement, le numérique ne me paraît pas moins passible de fétichisme
que le livre, qu’Amazon avec ses gros moyens de dominant et son génie novateur
ait pu fournir une opportunité que les autres tardent à imiter… ma foi, je me
mets aussi à leur place, et le côté comminatoire vae victis de l’ultimatum expiré
n’est pas trop ma tasse de thé. Quand je devais commander
en ligne, à disponibilité égale, je commandais sur alapage juste parce que c’est le
minoritaire. Lecteur de tierslivre
comme je suis, maintenant, je passerai bien par cette case-là ;
mais je me retrouve chez cgat :
C'est-à-dire que je fais plus
confiance à ma libraire qu’à Amazon, La Poste (20 minutes de queue s’il faut
aller au guichet) & ma concierge réunis. Mettons qu’on va chacun au plus pratique.
Bref, conjoint à l’hybris
marchande d’Amazon (qui aux États-Unis, avais-je lu, s’est rendu compte du
profit qu’il y avait à vendre aussi bien tout et n’importe quoi que des livres,
comme la Fnac s’en rend compte ici en ce moment) la farouche volonté d’indépendance de l’écrivain perd de son brillant. Qu'elle retrouvera quand elle aura eu le mérite, on espère, de provoquer une réaction des libraires qui en ont l'énergie.
réflexion
songerie ainsi neutralisée, je me rappelle que François Bon devait être à Berlin, à
Charlottenburg, au-dessus ou au-dessous d’Arvo Pärt, dans les années 80. Pas
loin alors de cette chose singulière qu’est l’Autorenbuchandlung, dont
mon esprit parfois enflammé s’était fait monts et merveilles avant que j’y
pénètre et, dépaysé, lui trouve un petit air décati de bouquinerie – mais où j’ai
acheté mon volume 4, théâtre tome 2, des œuvres d’Heiner Müller. J’aurais bien
voulu trouver en ligne quelque manifeste ou déclaration d’intention d’époque. Pour
l’instant je joue petit et me contente de traduire et citer un petit guide des
quartiers de Berlin pour déplacement temps+espace mettre ça en
regard - pour voir :
« La
« librairie des auteurs » (Autorenbuchhandlung) est une librairie
spécialisée dans la littérature et les sciences humaines. Dans les années 1970,
trois librairies d’auteurs furent fondées en R.F.A. : à Munich en 1973, à
Berlin-ouest en 1976 et à Francfort, en 1979. Si leur principe est commun – que des auteurs gèrent eux-mêmes le commerce
de livres – il s’agit de trois entreprises distinctes. À l’époque, les auteurs entendaient
contrer les effets de la crise qui sévissait dans la chaîne du livre, alors
qu’un nombre croissant d’éditeurs se souciait davantage de bilans économiques
que de livres, et qu’une partie de la production contemporaine, jugée peu ou
prou invendable par les libraires, disparaissait des rayonnages. Refusant cet
état de fait, les auteurs-libraires avaient pour ambition de faire de la
qualité leur unique critère. Au nombre des gérants de la « librairie des
auteurs » de Berlin comptait notamment Günter Grass […].
Dans
le contexte très politisé d’alors, cette initiative suscita rapidement un vif
intérêt. Lors des lectures et des débats philosophiques, culturels et sociaux
qu’elle organisait, la librairie était toujours très fréquentée, l’auditoire se
massant parfois même jusque sur le trottoir. Dès sa naissance, la
« librairie des auteurs » se fit une vitrine exigeante, attentive aux
littératures étrangères (aussi bien classiques que contemporaines), à la
poésie, à la philosophie et à la recherche en littérature − rayons qui purent
se développer au cours des ans. Avec plus de 1800 volumes, la « librairie
des auteurs » de Berlin possède le plus important fonds de poésie du monde
germanophone. Dans ses deux salles, sur une surface de 125 m², 10 000
titres y sont disponibles. Une dizaine de lectures s’y déroulent chaque année. »
